MARIE DE LA CROIX
Marie Avélina Paquin.

1847 – 1926smc

"Venez à moi, vous qui êtes humbles et petits, et je
vous enseignerai la sag
esse."

(Liv. des Prov. Ch. IX, .4.)

 

En rendant hommage à la mémoire de notre chère sœur Marie-de-la-Croix, nous accomplissons, croyons-nous, mieux qu'un acte de justice, nous faisons revivre la figure aimée d'une vénérable ancienne, dont la vie et la mort édifiantes peuvent nous servir de modèles dans les différentes étapes de notre carrière religieuse.

 

Vivre en parfait chrétien, c'est-à-dire renoncer à soi-même, pour servir Dieu, loin du monde dans l'effacement et l'humilité : voilà bien, il nous semble la véritable grandeur ; celle de l'âme qui reçoit, en compensation, le don inestimable de voir mieux et plus loin dans les secrets de l'éternité.

 

Sœur Marie-de-la-Croix fut une de ces âmes privilégiées, à qui Dieu fit entendre son appel à une vie plus parfaite, et qui sut y répondre si généreusement. Marie-Avélina, la petite Marie - comme on l'appelait, "naquit à L'Île-Bizard, le 5 mars 1847, d’une famille de braves cultivateurs. Isidore Paquin et Brigitte Robillard. L'enfant perdit sa bonne mère, alors que toute jeune encore elle réclamait ses soins ; elle n'avait que 9 ans. Ce fut pour son cœur aimant et sensible une plaie qui ne devait jamais se cicatriser. Mademoiselle Paquin était la sœur de notre regrettée Mère Marie-du-Sacré-Cœur. De trois ans plus âgée que cette dernière, elle la précéda aussi de quelques mois en notre communauté, où elle entra le 23 janvier 1864. Elle avait 17 ans.

 

Notre communauté comptait alors 18 années d'existence. On peut croire,  et avec raison, que la jeune postulante eut sa part des souffrances de ces premiers temps ; on nous a confié que, délicate de santé, elle connut les atteintes de la faim et du froid. Mais, là où une âme moins forte que la sienne eut regardé en arrière, elle voyait en ces épreuves des événements dont une bonne religieuse sait se réjouir. Ce fut dans ces saintes dispositions qu'elle reçut le saint habit, le 2 juillet 1864, et prononça le 18 décembre 1865, les vœux perpétuels de religion.

 

Très petite de taille, ayant peu d'aptitudes pour les travaux manuels, elle possédait, par contre, une bonne instruction, acquise chez les Sœurs de Sainte-Anne, à Saint-Jacques l'Achigan. Elle connaissait la musique pour accompagner le chant des religieuses à la chapelle. En repassant les pages de nos vieux registres, nous voyons que cette chère sœur fut, à diverses reprises, secrétaire de la communauté. Ses écrits sont généralement soulignés de réflexions pieuses. Un prêtre, ami de la maison, en faisait un jour la remarque : "Vous avez comme secrétaire, disait-il, une vraie religieuse." Elle avait une jolie écriture dont nous conservons des échantillons dans les anciens cahiers ; cette écriture fine que   les graphologues appellent "lilliputienne," et qu’ils désignent comme la marque d’une âme dégagée des choses do la terre. Est-ce bien le cas ? Il nous est permis de le croire au sujet de notre chère Sœur Marie-de-la-Croix. C'était, nous pouvons le dire, une âme candide, cherchant Dieu en toute simplicité et droiture, intérieure et recueillie, ennemie de tout ce qui sent la mondanité ; "Sa conversation" selon le mot de Saint Paul "était vraiment dans le ciel."

 

Pour ce qui regardait son emploi de secrétaire, et aussi longtemps qu'elle en eut la facilité, elle avait fidèlement recours à notre vénéré Fondateur, Mgr Bourget, qui l’estimait pour sa religieuse simplicité. Entre autres choses que ce saint prélat lui recommandait, et qu’elle nous a souvent répété : "Soyez courte dans vos écrits, si vous voulez qu'on vous lise, lui disait-il. On a de "bonnes raisons de croire qu'elle fut fidèle à cette recommandation, ses écrits en font foi.

 

On doit à cette chère sœur des renseignements précieux sur l'histoire de la fondation de notre institut ; notes qu'elle a recueillies de la bouche de Mgr Bourget lui-même, alors retiré à la résidence Saint-Janvier, où Sœur Marie-de-la-Croix travailla durant plusieurs semaines, en collaboration avec Sa Grandeur.

 

Étant maîtresse des novices, et plus tard, des Madeleines, à toutes elle recommandait le silence, l'exercice de la présence de Dieu et l'application à l'oraison, c'était se peindre elle-même. Pour être véridique, il faut dire cependant que son apostolat n'eut pas toujours le résultat qu'elle eut souhaité obtenir, dans la classe de nos Madeleines surtout, car elle n'avait pas le don de l'autorité, et quelques-unes abusant de certaines de ses inaptitudes lui rendirent parfois la tâche pénible. Dieu le permit ainsi, sans doute, pour faire avancer sa fidèle servante dans les voies de l'humilité. Cela n'empêcha pas plusieurs de ces bonnes filles de reconnaître ses soins et la peine qu'elle se donnait pour les instruire de leurs devoirs, et elles lui vouèrent un culte filial, à ce point que, ce fut presque une désolation parmi elles, quand leur maîtresse fut relevée de ses   fonctions : "Nous avons perdu notre prédicateur," disaient-elles en pleurant.

 

A notre maison d'Ottawa, où cette chère sœur fut missionnaire durant quinze ans, elle occupa à tour de rôle, les offices de secrétaire, d'économe et de maîtresse des Madeleines. Lors du grand incendie de notre maison du " Chemin Richmond," Sœur Marie-de-la-Croix reçut les félicitations des agents de la Compagnie d'Assurances, pour la bonne tenue de ses livres, ce qui aida nos sœurs à obtenir la somme qui devait couvrir les pertes occasionnées par le feu.

 

Elle se dévoua aussi, tant à Montréal qu'à Ottawa, à l'œuvre pénible des quêtes, surtout celles du marché, où elle se rendit fidèlement tant que l'âge et les infirmités ne vinrent pas entraver son zèle. Longtemps aussi, elle fut réglementaire.

 

De retour à la maison-mère, en 1903, elle reprit l'office de secrétaire locale qu'elle cumula avec celui de maîtresse des Madeleines. Deux ans plus tard, elle était première assistante locale et bibliothécaire. Depuis, et jusqu'à sa mort, elle fut secrétaire de l'œuvre de Sainte-Marguerite, emploi dont elle s'occupa toujours avec une ponctualité et un zèle remarquables. Que de lettres d'encouragement, cette chère sœur n'adressa-t-elle pas à de bonnes mères de famille qui, tout en implorant la protection de Sainte-Marguerite, se recommandaient aux prières de leur pieuse correspondante. On le devine, le mot spirituel qui relève le courage en montrant le ciel était en évidence dans ses lettres ; aussi, la réponse arrivait-elle peu après, débordante de gratitude témoignant que notre chère sœur avait atteint son but.

 

Nous avons dit que Sœur Marie-de-la-Croix fut bibliothécaire ; cela allait bien à son attrait pour les livres, particulièrement ceux de la vieille école. Nous lui avons connu un penchant spécial pour Saint-Alphonse-de-Liguori et pour le cher vieux Rodriguez, l'auteur de la "Perfection chrétienne." De même, "La vie des Pères du désert" captiva bien son attention durant les premières années de sa vie religieuse ; elle aimait à nous en parler, mais elle revenait toujours et surtout
à son cher Saint-Alphonse. Que de fois nous l'avons vue, portant sous son bras un volume dont le format contrastait singulièrement avec sa petite taille ; elle allait la tête courbée vers la terre, marchant à petits pas pressés, cherchant un coin isolé de la chapelle, et là, elle lisait.... Lisait, parfois bien tard le soir, et toujours sans lunettes. Si le sommeil la surprenait, faisant choir le livre de ses mains, elle se laissait aller quelques minutes à l'entraînement irrésistible, puis reprenait sa lecture.

 

Elle savait presque par cœur l'histoire de l'Église. Souvent, les novices, sur le conseil de leur maîtresse, avaient recours à ses lumières, et toujours, elles recevaient la juste réponse à leurs questions. Il est vrai de dire que les jeunes sœurs n'avaient pas toujours facilement les livres qu'elles désiraient ; Sœur Marie-de-la-Croix aimait à choisir elle-même ce qu'elle croyait devoir convenir à chacune, et en cela, inutile d'insister, elle ne cédait pas.

 

Notre chère sœur eut aussi durant quelque temps la direction des écoliers. Certains parmi eux, devenus prêtres, nous ont avoué quelques-unes de leurs espiègleries à l'égard de leur maîtresse… Celle-ci, qui voulait en faire des jeunes gens pieux, et plus tard, de bons prêtres, aimait à les faire prier ; mais elle s'oubliait parfois en longueur, ce qui lassait plus ou moins la patience et surtout les genoux de ses protégés. Elle avait l'habitude de les amener à la chapelle, après le souper, pour faire en commun la prière du soir. Les enfants s'agenouillaient sur la marche du balustre, tandis que la maîtresse prenait place dans un banc d'où elle pouvait les surveiller. Or, il arriva qu'un soir, fatiguée sans doute, elle s'endormît durant l'examen de conscience.   Nos petits espiègles, ennuyés d'attendre, risquent un œil en arrière, se poussent du coude, et finalement s'esquivent tous à la file, et se rendent au jardin continuer leurs jeux lorsque notre sœur s'éveilla, disant ; "Me voici, Seigneur,’’ seul, l'écho de la chapelle lui répondit...

 

Ceci nous amène à dire que Sœur Marie-de-la-Croix professa toujours un culte pour les ministres de Dieu. Un grand nombre lui ont conservé un souvenir plein de vénération, surtout les RR.PP. Dominicains, qui eurent plus particulièrement l'occasion de la connaître durant les quinze années qu'elle passa à la Capitale. Ses démarches, empreintes de naïveté amusaient ces bons Pères qui aimaient à la taquiner sachant bien, d'ailleurs qu'elle n'en serait nullement offensée. Sa Grandeur, Mgr Rouleau, aujourd'hui Cardinal de Québec, lui donna une preuve de cette estime, quand il vint, au cours de sa dernière maladie, lui faire une visite qui la combla de joie et d'émotion.

 

Cette vénération et ce respect pour le prêtre furent bien récompensés, surtout à l'heure de la mort, car notre chère sœur fut maintes fois réconfortée par la sainte absolution ; et au moment suprême, qui, pour elle, arriva si promptement, le prêtre était encore là, pour recevoir son dernier soupir et présenter son âme au Souverain Juge.

 

Si nous nous arrêtons au portrait moral de cette chère sœur, il nous est facile de constater qu'elle n'avait aucun souci pour les choses temporaires ; son unique préoccupation étant de se mortifier en travaillant au salut des âmes. Quelque temps avant sa mort, nous fûmes frappées de l'expression de paix et de sérénité qui rayonnait sur sa figure, dont les regards étaient parfois comme illuminés d'une clarté céleste.

 

 

Cependant, la "Petite Mère" nous aimions à l'appeler ainsi, avait, par moments, une manière à elle d'exercer la patience de ses sœurs. Ainsi, en récréation, on la voyait   tout à coup   quitter sa place, se diriger   vers l'une de ses sœurs, et sans plus de préambule, lui faire ses observations, et cela, on le sentait, avec l'intention d'accomplir un devoir de charité toute fraternelle ; elle nous disait nos vérités avec une bonhomie et une aisance... tout comme s'il se fut agi d'un beau compliment. La remarque était généralement bien acceptée ; il arriva pourtant que l'admonitrice reçut la monnaie de sa pièce; alors, heureuse, du moins apparemment, d'avoir trouvé une occasion d'être humiliée, elle tournait le talon en souriant et reprenait sa place, montrant bien qu'elle n'était pas le moins du monde fâché de l'apostrophe reçue publiquement.

 

Cette chère sœur aimait beaucoup sa famille. En récréation, si nous étions sa voisine, nous pouvions nous attendre à voir tourner la conversation sur le sujet de ses chers neveux et nièces. Et qui pourrait le lui reprocher ? Elle en comptait plusieurs en religion, et cela faisait sa joie ; elle aimait à nous mettre au courant de la situation de ces chers enfants, nous demandant de prier pour eux, afin d’assurer leur persévérance dans le bien. Dans ses dernières années encore, elle ne manquait pas de leur écrire et même d’aller les visiter, selon le cas. On peut dire qu'elle eût vraiment de la consolation avec tous, et, en retour de l'affection de leur bonne tante, ils surent lui prouver en maintes circonstances leur attachement filial et leur respect.

 

Le 16 mai 1914, après une longue et cruelle maladie, mourait à la maison-mère, sa sœur, Mère Marie-du-Sacré-Cœur-de-Jésus. Dans ce même temps, Sœur Marie-de-la-Croix était atteinte d'un mal si grave, qu'on se demandait laquelle des deux nous quitterait la première. Or, le 15 mai, dans l'après-midi ; celle-ci voulant voir sa sœur bien-aimée, se fit conduire en chaise-roulante, à la chambre de Mère Marie-du-Sacré-Cœur. Cette entrevue, la dernière qu'elles eurent sur la terre, fut des plus touchantes. Se faisant leurs adieux, elles se donnèrent rendez-vous au ciel, où chacune aspirait à se rendre le plus tôt possible. Cependant, douze années restait encore à notre chère sœur Marie-de-la-Croix, avant d'aller rejoindre sa chère sœur.

 

Respect de l'autorité, pauvreté, détachement, amour de la règle, toutes ses vertus, notre bonne sœur Marie-de-la-Croix les pratiqua à un haut degré. Dans son amour de la régularité, elle ne pouvait souffrir qu'on fut seulement quelques secondes en retard, et ceci lui donnait une sorte d'impulsion presque irrésistible pour signaler les exercices, alors même qu'elle n'était pas réglementaire. On l'apercevait souvent, assise en face de l'horloge, guettant le moment... puis si la réglementaire n'apparaissait pas à la seconde, vite, elle allait sonner. Or, il arriva que, trompée par ses yeux, qui n'y voyaient pas bien, elle sonnât un exercice une heure trop tôt ; on devine le reste... Reprise pour cet empressement hors de place, elle ne s'excusait jamais ; mais, confuse, elle gardait une attitude humble, tel un enfant pris en flagrant délit.

 

Sincèrement attachée à ses supérieures qu'elle aimait comme des mères, c'est auprès d'elles qu'elle cherchait sa paix et sa consolation. En récréation, elle cherchait de préférence une place à leur côté, non pas qu'elle les entretint beaucoup ; il arriva assez souvent, surtout dans les dernières années de sa vie, que le sommeil alourdissant ses paupières, elle fit en plein midi l'oraison de Saint Pierre, mais c'était un besoin pour elle de se sentir près de celle qui lui représentait la Sainte-Vierge ; elle s'en exprimait en son langage naïf et édifiant, donnant ainsi aux jeunes sœurs un exemple vraiment admirable. La mort ou l'éloignement d'une de ses supérieures lui causait une peine bien vive. Elle disait alors avec un soupir : "Au ciel, heureusement... il n'y aura plus de séparations !’’…

 

Humble, elle n'a jamais cherché l'éclat ; on eut pu croire, au contraire, qu'elle s'était fait une règle de s’effacer le plus possible. Cependant, si les circonstances l’exigeaient, elle savait se présenter, simplement, religieusement surtout, les yeux modestement baissés et avec un sourire de bienveillant accueil.

 

Pauvre et mortifiée, elle ne réclama jamais de dispenses, soit pour la table, soit pour le vêtement : cette chère ancienne à toujours regardé les pièces et les reprises comme le plus beau décorum de la religieuse, et se faisait en quelque sorte une gloire de les porter ostensiblement.

 

Le 18 décembre 1915, Sœur Marie-de-la-Croix célébrait avec bonheur le cinquantième anniversaire de sa profession religieuse. Ce fut pour son cœur une joie sans mélange. Ses parents et plusieurs membres du clergé vinrent se joindre à nous pour célébrer cette fête de famille et chanter le Magnificat de la reconnaissance. Dix ans plus tard, alors que son état de santé nous faisait augurer sa mort à brève échéance, nous fûmes témoins d'un spectacle attendrissant. A l'issue de la messe, notre vénérable jubilaire, s'agenouillant au pied de l'autel, prononçait d'une voix émue, la formule de la rénovation de ses vœux après 60 ans de vie religieuse. Ce fut un moment inoubliable. On devinait dans l'accent de cette voix
tremblante le soupir de l'exilé après la patrie céleste. Cette touchante cérémonie n'était-elle pas, en effet, pour notre vénérée jubilaire, le prélude de l'éternelle union ? Oui, trois mois ne seront pas écoulés que l'héroïne de cette fête du 18 décembre 1925 ira consommer au ciel les noces mystiques de l'Agneau divin !

 

Visiblement, ses forces diminuaient. Elle n'était plus aussi active ; souvent, il lui fallait se reposer durant le jour. À deux reprises, le 4 janvier et le 22 février 1926, notre malade fut saintement réconfortée par le sacrement de l'Extrême-Onction et, depuis ce moment, sa faiblesse augmentait sans cesse, elle ne se releva plus.

 

Dans son grand désir d’aller s'unir à Dieu, elle ne voulait pas que l'on fît quoique ce fût pour prolonger son existence ici-bas. Un mal de tête bien douloureux et une oppression pénible faisaient de ses jours et de ses nuits un long et cruel martyre.

 

Il est écrit "qu'avant de mourir, tout homme doit gravir son calvaire," les unes plus tôt, les autres plus tard. Pour notre chère sœur, dont la vie s'écoula sans heurts bien violents, ce calvaire, elle le gravit, à l'exemple du divin Maître, quelques heures avant de mourir. Nous lui demandions comment elle se trouvait Oh ! chère sœur, répondait-elle, je souffre une véritable agonie !" Fréquemment, elle demandait à recevoir la sainte absolution, et ce remède divin reçu avec esprit de foi et amour lui rendait le calme et la paix.

 

Elle demanda comme faveur qu'on la laissât seule, afin de n'être pas distraite de la pensée de Dieu. À une sœur qui lui réclamait une dernière parole d'édification, elle lui répondit : "Gardez fidèlement le Silence ; c'est le moyen le plus efficace pour arriver à la sainteté ; quand on ne parle pas, on ne pèche pas," ajoutait-elle.

 

Quelques jours avant sa mort, voulant témoigner sa reconnaissance à nos sœurs missionnaires qui lui avaient exprimé leurs félicitations et leurs vœux à l'occasion de ses noces de diamant, elle dicta elle-même à une secrétaire ce qu'elle voulait dire, exprimant les plus beaux sentiments d'affection et de piété, leur faisant à son tour ses vœux de santé et de sainteté, et leur donnant rendez-vous au ciel. Elle dicta encore une lettre d'adieu à l'une de ses nièces, novice chez les religieuses des SS. NN. De Jésus et de Marie. Ce fut le dernier effort de sa vie, qui s'en allait comme un cierge qui se consume devant l'autel du Seigneur. À partir de ce moment, notre chère sœur n'eut plus aucune communication avec personne, si ce n'est avec ses dévouées infirmières, et une vénérable ancienne de quatre-vingt-cinq ans, Sœur Sainte Angèle-de-Mérici, qu'elle voulait constamment auprès d'elle.

 

On a de bonnes raisons de croire que cette chère sœur fut la fille privilégiée de Saint-Joseph. Née durant le mois qui lui est consacré, c'est également en mars et un mercredi qu'elle s'en est allée vers le ciel.

 

On se rappelle avec quel soin, elle s'acquittait de son titre de zélatrice de la journée de "St-Joseph" et comme elle se montrait empressée à recueillir les offrandes spirituelles faites par la communauté pour honorer, en ce jour, le saint Époux de Marie. N'est-il pas permis de penser que celui qui dès ici-bas, sait récompenser ses fidèles serviteurs, aura fait un
accueil tout paternel à notre chère sœur au seuil de l'éternité. Donc, le jeudi 10 mars, jour de confession pour les malades, notre chère sœur s'acquitta comme d'habitude de ce devoir. Jusque-là, rien ne pouvait laisser supposer sa fin prochaine. Quelques minutes s'étaient à peine écoulées, qu'on rappela en toute hâte le révérend Père Chapelain, encore au confessionnal à quelques pas de sa chambre. Il vint assister une dernière fois la chère mourante qu'une syncope du cœur allait emporter. Les religieuses appelées au son de la cloche s'unirent aux prières du prêtre, recommandant à Dieu l'âme de notre bien-aimée sœur, pour répondre à un désir que celle-ci avait exprimé quelques jours auparavant, les sœurs présentes chantèrent le "Salve Regina." Spectacle touchant ! il y avait des pleurs dans les voix !... "Salut ô Reine !... Gémissant et pleurant... De cette vallée de larmes... dont la scène pour elle s’efface... Votre enfant crie vers vous, Mère de Miséricorde !... Celle qui vous tend les bras est l'enfant de votre prédilection, celle que vous avez appelée au matin de sa vie, et qui vint se donner à vous dans cette sainte maison... la maison de la Miséricorde !... Recevez-la, Mère bien-aimée ! Ô clémente ! Ô charitable ! Ô douce Vierge Marie... Et tandis que les voix tremblantes chantaient le neume final, l'âme de notre chère sœur Marie-de-la-Croix prenait son essor vers l'éternité, dans la quatre-vingtième année de son âge, la soixante et onzième de sa profession religieuse.

R. I. P.

«0 mon Dieu je ne cherche pas, je comprends, je contemple, j’admire »

(Chanoine Beaudenon)

 

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