Au Foyer Paquin
Le 24 décembre 1922, à Windsor, Ontario, Juliette Pépin et Alphonse Paquin s’émerveillent devant l’arrivée de Marie Alice Irène. Ce bébé occupe la troisième place dans la famille de sept enfants quatre filles et un garçon : Thérèse, Jeannette, Yvonne, Alice et Gérard. Irène est baptisée dès le lendemain, au cœur des solennités de Noël.

Pendant les années de guerre, la famille Paquin, comme toutes les autres familles de l’époque, a vécu une grande gêne apparentée à l’indigence ; sœur Irène le rappelait avec tristesse. La famille déménagea quelques fois, espérant trouver mieux, mais sans succès. Le dernier emploi du père fut la conciergerie d’une école. M. Paquin devançait l’aube pour entamer ses journées. Juliette, la mère, reflétait l’image d’une femme douce et silencieuse. Elle portait très durement la situation financière de la famille.

Enfant pieuse
Toute jeune encore, Irène cultive un attrait pour la prière. Sur le chemin de l’école, elle s’arrête souvent à l’église « pour parler à Jésus ».
À l’école, à partir d’une leçon où il était question des anges, Irène raconte que, dorénavant, elle gardera toujours une place près d’elle pour faire asseoir son ange gardien ; promesse tenue.
Premiers appels à la vie religieuse
Sœur Irène se souvient et nous raconte : « Nous demeurions chez ma grand-mère. L’image illustrant la parole biblique : Voici, je me tiens à la porte et je frappe, qui était suspendue au mur face à l’escalier, fut lui l’objet de mon premier appel à la vie religieuse, avant que j’entreprenne ma première année scolaire. À ma demande, maman me donna l’explication : “C’est Jésus qui frappe à la porte de ton cœur.” Ma joie fut grande c’était mon image. Jésus frappait réellement à la porte de mon cœur. »
« En 3e année, une nouvelle lumière me fut donnée par les paroles du père Dagenais, o.p., à la remise d’un livre surmonté d’une croix sur laquelle reposait un petit agneau, paroles qui m’invitaient à donner ma vie comme le faisait le petit agneau. J’ai compris davantage cet appel lors d’une messe au cours du carême. »

 « À 11 ans, j’ai eu une certaine compréhension pendant que je récitais le rosaire à l’église Saint-Jean-Baptiste d’Ottawa, en vue de gagner un livre de prières qui devait être “tiré” à l’école le lendemain, j’ai gagné le livre en question. Le Notre Père commenté pour les enfants, que contenait ce recueil, m’a maintes fois rappelé ce que Dieu voulait de moi. »
Expériences
Excellente couturière. Mme Paquin enseigne les rudiments de la coulure à ses filles, toutes jeunes encore. Ces « couturières en herbe » sont heureuses de concrétiser leurs savoirs : faufilage, piqûres, mesures, tout leur devient familier. Déjà. Irène excelle dans ce travail.
À Ottawa, Irène participe activement dans le mouvement Guide, qui marque sa vie. De ces camps guides, outre l’amitié nouée avec d’autres jeunes, elle conserve d’heureuses et vivantes mémoires.
Études
Irène aime l’étude et dévore les livres. À l’école, ses éducateurs découvrent rapidement les capacités intellectuelles de l’étudiante. Mais comment poursuivre les études quand les sous manquent ?
Un Père Dominicain l’aide financièrement jusqu’à l’obtention d’un diplôme d’enseignement. Ainsi elle pourra travailler et remettre son emprunt. Cette profession lui procure presque les bienfaits de la pratique d’un sport.
Sœur Irène relate elle-même : « Au temps où j’aurais pu faire le pas décisif, il m’a fallu aider chez nous à se remettre sur pied après les années de dépression. J’ai enseigné six ans pendant lesquels j’ai rebroussé chemin dans mon projet de devenir religieuse. J’avais décidé d’opter pour une vie de don aux pauvres dans le monde. » Déjà Irène avait compris que le Christ a donné sa vie et nous aussi, nous devons donner notre vie pour nos frères.
Aspiration dominicaine
Irène nourrit toujours la pensée de devenir religieuse dominicaine. Elle s’exprime ainsi ». « Au cours de ma 6e année d’enseignement, pendant que je lisais “Le Christ dans ses mystères”, de Dom Marmion, le mystère de l’Épiphanie me fut un appel décisif à la vie religieuse. Je fus fortement secouée. Il me fallait faire le pas, mais... comment ? Et où aller ?
Peu de temps après, pendant que je prolongeais ma prière un samedi soir après Complies, à l’église des Dominicains, le Père Daviau, o.p. me fit demander à son bureau après sa séance de confessions. Sur sa table, quelques pamphlets de différentes communautés religieuses. Il me dit : << Quelle communauté choisis-tu ? » Cela sans qu’il sache quoi que ce soit de ma décision, de mon état... J’ai opté pour les Dominicaines du Rosaire, à Trois-Rivières. Irène rédige sa demande d’entrée dans cette communauté — la requête est accordée. Ayant vécu dans la paroisse desservie par les Frères Prêcheurs, Irène est familière avec la spiritualité de ce grand Ordre : « contempler et donner aux autres le fruit de sa contemplation », spiritualité qui devenait un peu sienne au rythme du temps.
Très tôt, les responsables de formations l’assignent à l’enseignement des jeunes orphelins confiés à la garde de cette communauté. La nouvelle novice rend aussi de nombreux services communautaires, tout en tenant compte de son expérience et de sa fragile constitution physique.
Dure épreuve
Sœur Irène, grande et frêle physiquement, mais habitée par une force mystérieuse, est très grande spirituellement. Dans les domaines où ses forces physiques n’étaient pas requises, elle excellait, mais quand un travail exigeait plus d’énergie, elle devenait très vulnérable. Après vingt-trois mois chez Les Dominicaines du Rosaire, celles-ci lui indiquent clairement : « Votre santé ne peut tenir aux exigences de notre vie, m’a-t-on dit, donc, Fiat ! Dieu a d’autres vues sur vous que nous ne connaissons pas encore. Prions-le d’éclairer votre route et de vous donner la force pour y arriver. »
« Je suis sortie de la communauté le 11 juin 1950, je suis retournée à l’enseignement en septembre. Quelle année de souffrance ! » Cela, tout en cherchant « le comment » étancher sa soif de vie religieuse, car le désir de se donner totalement au Seigneur persiste.
Lueur d’espoir
« Après maintes déceptions, dit-elle, je me trouvai un jour à feuilleter l’annuaire téléphonique pour trouver les communautés dominicaines au Canada... Voilà que mes yeux s’arrêtent sur Dominicaines Missionnaires Adoratrices, Beauport, Québec. Dans ce bottin se trouve un feuillet au verso duquel figure une prière au Cœur Eucharistique, composée par monsieur le chanoine Cyrille
Labrecque, de même que l’adresse de ce dernier. » La lecture de cet écrit suscite chez elle une lueur d’espoir. Sans tarder, elle écrit à ce prêtre, aumônier de la jeune communauté dominicaine. Elle termine sa lettre en disant : « J’ai une ferme confiance, Monsieur le Chanoine, que vous ferez tout en votre pouvoir pour vous rendre au plus grand désir d’une âme qui se sent toujours plus follement appelée à embrasser la vie religieuse dominicaine. »
Afin de bien répondre aux questions de cette jeune fille, le Chanoine l’invite simplement par un « venez et voyez ». Irène accepte l’invitation et profite de la fête de l’Immaculée Conception, le 8 décembre 1950, pour se rendre à Beauport, afin d’exprimer son grand désir. Elle dit : « Je choisis ce jour afin que la Très Sainte Vierge bénisse mon voyage. »
« Heureuse rencontre qui m’a valu un tel bonheur ! » Immédiatement, Irène se sent à l’aise avec la fondatrice. Mère Julienne du Rosaire, cette religieuse dont le regard pénétrant ne quitte plus son esprit — regard qui avait imprimé en son âme un quelque chose qui n’était pas de la terre... Un chant d’Action de grâce, bien que muet, envahit toutes les fibres de son être.
Voici que l’aspirante soumet sa demande d’entrée dans la jeune communauté : « J’ai depuis longtemps un grand désir pour la vie religieuse dominicaine », et elle signe sa lettre : « Une âme désireuse de vivre sous l’égide de saint Dominique ». Afin que son désir soit exaucé, notons qu’elle se forme un « Conseil » dominicain, choisi à même le ciel : Notre-Seigneur comme supérieur, ses conseillers : la Sainte Vierge, saint Dominique, sainte Catherine de Sienne et saint Vincent Ferrier. Le rôle de ce Conseil était de voter en sa faveur, afin qu’elle soit acceptée dans la jeune Congrégation !
Dominicaine Missionnaire Adoratrice
Mère Julienne du Rosaire, fondatrice des Dominicaines Missionnaires Adoratrices, accorde une réponse affirmative à la demande de la jeune fille pour rejoindre la récente communauté. Le 2 juillet 1951, Irène franchit la porte du « petit cénacle » situé sur la rue du Moulin, devenue plus tard l’avenue des Cascades, à Beauport.
Sieur Irène possède une personnalité à la fois riche et très discrète. Douée de nombreux talents mis sans tarder au service des autres, partout elle s’en tire à merveille. Après un an de profession temporaire, elle écrit une lettre à la Sainte Vierge, la dépose sous sa statue, lui demandant que « quelque chose » change dans sa vie, ici au couvent de Beauport.
Désir missionnaire
Sieur Irène aspire à la mission. En 1955, ignorant la demande secrète de sœur Irène, Mère Julienne du Rosaire la sollicite pour une fondation en Alberta où l’évêque, Mgr Philippe Lussier, réclame des religieuses.
La Prieure, Mère Julienne du Rosaire, a de bonnes raisons de fixer son choix sur la jeune religieuse, puisqu’elle a eu six ans d’expérience dans l’enseignement avant son entrée ; de plus, elle est la seule à maîtriser l’anglais, langue officielle en Alberta. Cette professe temporaire accepte de grand cœur la proposition, tout en sachant bien que la vie dans les Réserves indiennes et la vie communautaire exigeront d’elle encore douceur, patience, lesquelles peuvent requérir jusqu’à l’héroïsme. Sœur Irène, armée de courage, n’a jamais rebroussé chemin devant les difficultés. Elle dit : « avant de partir pour les missions j’avais compris qu’une fois rendue là, je ne devrais jamais écrire des lettres pour me plaindre — que je devrais tout accepter. »
Enseignante et pauvre
Sœur Irène entre donc dans la Réserve indienne le 2 septembre 1955, avec trois autres consœurs. Elle vit ainsi en Alberta pendant 51 ans, déménageant d’une mission à l’autre quand l’autorité le lui demande. Dans sa vie religieuse, l’obéissance à la suite du Christ est primordiale.
Sœur Irène accède enfin à l’école désignée : un bâtiment dépouillé de tout, sauf du courage et de la détermination de notre sœur. Quelle image offre cette école ? Aucun cahier, aucun crayon mis à l’usage des quarante-deux élèves, de 1er à la 9e année... La professeure devra quêter ces articles scolaires dans les magasins du village voisin.
De plus, les nouvelles missionnaires, tout comme l’école, souffraient de pauvreté. Parties de la maison mère avec peu de choses, elles manquaient inévitablement du nécessaire dans leur petit couvent. Un jour, il pleuvait abondamment et la pluie détrempait le chemin au point de le transformer en une patinoire de glaise. Sœur Irène, qui a le sens du devoir, veut se rendre à l’école. Impossible de marcher dans une telle mer de boue sans aucune protection pour ses chaussures. Alors le curé de la Réserve, prêtre sympathique et oublieux de lui-même, prend en pitié la jeune missionnaire et lui cède les siennes dont la pointure dépasse largement la normale. Sa simplicité autant que le sens du devoir la rend capable d’enfiler ces bottes. Sans doute, celles-ci préservaient de la boue, mais rendaient la marche astreignante, raconte sœur Irène. Ce matin-là, noire sœur arriva-t-elle à l’école plus tôt que d’habitude puisque, chaussée comme elle l’était, chaque pas coupait les distances deux fois plus vite qu’à l’ordinaire...
Abandonnée au vouloir divin
Goodfish Lake
En 1956, satisfait du travail de sœur Irène, à Saddle Lake, l’Évêque insiste encore auprès de Mère Julienne du Rosaire pour obtenir une autre sœur enseignante à Goodfish Lake, réserve voisine de Saddle Lake. Sœur Irène en serait directrice tout en assumant l’enseignement. Elle quitte donc son poste à Saddle Lake pour ouvrir la mission de Goodfish. Trois nouvelles compagnes s’adjoignent à elle pour former la nouvelle communauté.
Brosseau (1967-1968)
En 1964, les Sœurs de L’Assomption doivent quitter Brosseau, petit village à proximité. Alors survient une autre demande de la part de Mgr Philippe Lussier à Mère Julienne du Rosaire. Une nouvelle équipe, formée de quatre sœurs, essaime dans cette localité, à dix milles de Saddle Lake. Elles y demeureront jusqu’en 1968. Le périple de sœur Irène n’est pourtant pas terminé...
Fishing Lake
Depuis quelques années, l’Évêque insiste auprès de la Division scolaire du nord de l’Alberta pour obtenir la permission d’embaucher une sœur dans l’enseignement à l’École J.F. Dion de cette localité, permission toujours refusée jusqu’à maintenant. L’endroit est isolé, loin des centres et dépourvu de commodités ; c’est pourquoi les professeurs n’y sont pas attirés. Voilà la triste situation.
Le jour de la fête du Cœur Eucharistique, en juin 1968, — serait-ce une coïncidence ? - sans hésiter, sœur Irène reçoit une réponse affirmative pour son engagement à cette école. C’est là, auprès des tout petits, qu’elle laissera déborder son zèle missionnaire. Que de dévouement, d’ingéniosité, d’heures supplémentaires cette école enregistrera au crédit de sœur Irène !
Fonctions supplémentaires
En 1980, l’école occupe déjà une large part dans l’horaire de sœur Irène. Le départ du Père-curé de Fishing Lake questionne l’Évêque : comment maintenir la vie paroissiale de la colonie ? Il demande à sœur Irène d’assumer l’administration de la paroisse et la présidence des Assemblées dominicales sans prêtre, ce qui s’ajoute à sa tâche d’enseignante.
En 1990, l’achat d’une maison à Saint-Paul en vue de réunir les sœurs des missions de Saddle Lake et de Fishing Lake, produit un grand changement. Marquée du sceau de la fidélité, sœur Irène, avec une compagne, n’hésite pas à accepter de se rendre à Fishing Lake toutes les fins de semaine, afin de poursuivre l’enseignement de la catéchèse et de présider la célébration dominicale. En vraie dominicaine, elle met beaucoup de soin à préparer ses homélies. Sa parole touchait les auditeurs.
Prieure de la petite communauté
En 1990, mère Julienne du Rosaire lui écrit : « Bien chère fille.
Quelle place vous occupe dans ma vie, vous, la pionnière et le pilier de nos missions de l’Ouest ! Avec vous, nous pouvons toujours construire, voilà pourquoi je vous confie dans la joie et l’espérance la responsabilité de la petite communauté qui sous peu s’établira à Saint-Paul. Merci de votre générosité sans mesure, et votre don sans repentance à Jésus Eucharistie, dans notre famille religieuse. Puisse l’Esprit d’Amour intensifier en votre cœur déjà si riche, la Sagesse, la compréhension, le service et tous les dons nécessaires à votre importante mission ! Pour ce nouvel élan qui vous emporte dans le sacrifice par amour, je mettrai de mon sang en la coupe de notre Eucharistie quotidienne. Avec toute la tendresse que je vous porte, fille bien-année. Votre mère, Julienne du Rosaire, o.p. »
Qu’elle soit à un endroit ou à un autre, toujours on sent sœur Irène préoccupée de faire connaître et aimer le Cœur Eucharistique et la Vierge du Rosaire. À Fishing Lake, elle vit pleinement le Jeudi saint et elle le fait vivre en se mettant elle-même aux pieds des gens pour leur laver les pieds. De plus, dans une prédication savoureuse, elle leur fait connaître le grand amour qui pousse Jésus à se donner dans l’Eucharistie.
Après ses longues journées d’enseignement, elle consacre encore ses soirées à visiter les foyers pour leur enseigner à prier le rosaire en famille ou tout simplement pour compatir avec eux dans leurs difficultés ou dans leurs épreuves. Son zèle apostolique rejoint tout le monde sans distinction.
Jubilé d’Or d’une présence dans l’Ouest
En 2005, la prieure générale, sœur Gilberte Baril, suscite une fête à Saint-Paul afin de célébrer la présence des Dominicaines Missionnaires Adoratrices dans l’Ouest canadien. Sur les 50 ans de leur présence en Alberta, sœur Irène en compte 50 à son crédit ! Une autre étoile s’allume à sa renommée !
Un nouveau témoignage, recueilli en d’autres occasions, confirme la détermination de sœur Irène face aux multiples mutations survenues au cours des années de sa vie missionnaire. Mère Julienne du Rosaire laisse parler son cœur : « Votre abandon vous a livré comme un instrument de choix aux mains de la divine Sagesse. Vous portez, en votre vie nos missions de l’Ouest. Vous les avez enfantées de votre chair et de votre sang. Oui, soyez bénie de ce que nous récoltons aujourd’hui, ce sont vos larmes et vos douleurs qui l’ont semé. Merci ! Merci ! Votre Mère plus aimante que jamais. »
Gratifications — Hommages
« La reconnaissance est la mémoire du cœur ». Cette gratitude envers sœur Irène s’est traduite à maintes reprises : outre de la part des parents, cette gratitude s’est exprimée des principaux d’école, des inspecteurs, des visiteurs, pour avoir été « élément de paix, de concorde, d’union entre les membres du personnel, comme pour la qualité de son enseignement ». Cette reconnaissance fut manifestée par les dons de médailles d’honneur, Certificats d’excellence, mentions honorables, décernées par les autorités majeures de la Commission scolaire. Le souci de perfection de son travail se reflétait, entre autres, dans le soin de son cahier de préparations de classe, vrai « bijou » : écriture soignée, sans rature, toujours à point avec de justes références. Ce travail, elle l’exigeait aussi de ses élèves.
Piété mariale et eucharistique
La Vierge Immaculée et le Cœur Eucharistique sont ses refuges. En effet, la Vierge Marie. Mère toujours présente, soutient la ferveur de sœur Irène : « Pour moi, dit-elle, la Vierge, c’est Marie, rien que cela, mais tout cela, et... elle est très belle ! » Elle semble tout obtenir par ses Ave. La prière quotidienne du rosaire occupe une large part dans sa journée ; elle ne s’endort pas sans l’avoir terminée. À plusieurs reprises, lors du dénouement heureux d’une difficulté, elle avoue triomphalement : « Je l’avais demandé à Marie ».
Toutes les situations y passent, à partir d’un porte-monnaie contenant 50,00 $ qui, perdu, revient une semaine plus tard avec tout son contenu. Une autre fois, l’auto s’immobilise sur la voie ferrée... enfin, elle redémarre, sans doute poussée par Marie ! Toujours sœur Irène s’acquitte de ses dettes de gratitude par des Ave, des Rosaires priés au compte de ses créanciers. En ses nuits où le sommeil s’absente, elle les ponctue de ses prières.
Outre sa piété filiale envers Marie, le Cœur Eucharistique occupe une large place dans la vie de sœur Irène. Elle avait appris de Mère Julienne du Rosaire comment donner valeur à nos pauvretés, en unissant notre vie à celle de Jésus se donnant sans cesse. Notre sœur affirmait : « Les paroles de cette Mère ont été très fortes pour moi, car ses paroles me poussaient toujours vers l’Hostie. Dans ma vie missionnaire, quand j’avais des difficultés, j’allais me jeter au pied du Tabernacle. Je puis dire que j’ai compris notre vie d’hostie immolée, et c’est donc dans cet esprit que j’acceptais tout. »
Ultime abandon — Adoration
Tout au long de ses années d’enseignement, sœur Irène a été éprouvée par une santé chancelante. En 2006, vers la fin de l’été passé à la maison mère, un sévère zona s’installe chez notre sœur. Alors, ses compagnes doivent retourner dans l’Ouest sans elle. De part et d’autre, l’offrande prend de sérieuses proportions. Comme le temps n’améliore pas sa santé, il est décidé qu’elle partira, non pas pour l’Ouest, mais pour l’Infirmerie intercommunautaire des Sœurs Augustines de la Miséricorde de Jésus où elle vivra les dernières années de sa vie.
Le 9 août 2017, voyant que les forces de sœur Irène déclinent, le personnel de l’infirmerie lui propose de recevoir le sacrement des malades. Au terme des prières où elle demeure très présente, elle s’exprime en quelques mots : « C’est beau ! » et, s’adressant à l’aumônier : « Merci ! » À la suite de la cérémonie, c’est un peu la transfiguration, son visage reflète la lumière. Elle paraît prête à son ultime acte d’abandon, l’offrande de sa vie, l’adoration véritable.
Le dimanche 20 août 2017, la Vierge Marie vient à la rencontre de sa fille bien aimée : sœur Irène, âgée de 94 ans et 8 mois, après 63 ans et 6 mois de profession religieuse, entre dans l’éternité bienheureuse, prenant la place préparée par Jésus lors de son retour au ciel.
Dernier adieu
Le mercredi 23 août, quelques membres de sa famille, des amis, des religieuses se retrouvent auprès de notre sœur afin de prier pour le repos de son âme. Le lendemain, la messe des funérailles est célébrée à la paroisse Sainte-Gertrude et présidée par le Père Gilles Chabot, s.m., aumônier des Dominicaines Missionnaires Adoratrices.
Sœur Irène tu as du prix aux yeux de Dieu et à ceux de tes petites sœurs. Tu nous as aimées et nous t’aimons. Merci pour ton témoignage de fidélité et pour le don de la personne que tu as fait à Dieu, à l’Église et à la communauté. Avec Marie, la Mère du Bel Amour, repose-toi dans la joie du Cœur Eucharistique. Lui qui a comblé ton cœur et a rempli ta vie.
Chère sœur Irène, de là-haut, intercède pour nous !
Sœur Gisèle Carrier, o.p.
Octobre 2017