cartes114Jean-Yves Vézina

1935-2011

Dans hommage, il y a homme

 

   Y a des gens dont on parle trop. D’autres dont on ne parle pas assez. C’est le cas de Jean-Yves. Un homme, un père, un ami qui avait le goût des autres avant celui des apparences. Et nous sommes tous là aujourd’hui pour dire à quel point il nous manquera. Sans doute devinait-il à quel point on l’aimait. C’est du moins ce qu’on peut penser tant il est clair qu’il nous aimait aussi. Jean-Yves savait que la vérité, la noblesse, belle et souvent sans gloire, naît du simple fait d’être un homme parmi les hommes. Il savait que vivre debout exige des efforts parfois surhumains. Il savait que vivre debout est peut-être notre mission la plus sacrée. Pour parler de lui, pour dire notre attachement, il faut justement se rappeler notre humanité, avoir le courage de n’être qu’un humain. Un humain ambulant, c’est bien assez, comme dit l’écrivaine Suzanne Jacob. C’est rare que l’on puisse rendre hommage à un petit humain géant. C’est qu’il y en a peu. Et c’est bien la moindre des reconnaissances que nous devons à Jean-Yves.

    Tous ceux qui l’ont connu et fréquenté ne sont pas près de l’oublier. « Le temps passé n’est pas passé inaperçu. » À la ferme, à la caisse populaire, au conseil municipal, il s’imposait par sa probité et son honnêteté, par son exigence et sa droiture, par sa solidarité et sa fraternité. Tout ce qui pouvait s’apparenter à une injustice provoquait chez lui un violent sentiment de révolte. Il supportait mal qu’on bafoue l’existence et les droits des autres.

 

    Quand, il y a plus de 20 ans, il a pris sa retraite de la ferme expérimentale des fonds de Deschambault pour venir habiter la belle rue Johnson, il est devenu un ange gardien pour le patrimoine du village. Le Vieux Presbytère en témoigne. Jean-Yves en connaissait les moindres recoins parce qu’il n’y en pas un qu’il n’ait gratté, nettoyé, décapé, peinturé, et souvent deux fois plutôt qu’une. Tout ce travail, il l’offrait bénévolement dans la plus grande discrétion pour le bénéfice de la collectivité. Nous en profitons tous.

 

    Mais là où Jean-Yves nous a marqués le plus profondément, c’est dans la totale transparence de ses intentions, dans l’inaltérable vérité de ses sentiments et dans l’indéfectible amitié qu’il accordait à ceux qu’il adoptait. Et il en a adopté du monde ! Le temps des amitiés se compte en nombreuses décennies. Les amis de ses enfants devenaient souvent les siens. Il les protégeait, les chérissait, les respectait sans jamais rien demander de plus en retour que la sincérité et l’honnêteté de l’engagement. Lui aussi aurait pu dire « Quand j’aime une fois, j’aime pour toujours ».

    Jean-Yves ne connaissait pas les demi-mesures. Les plus claires manifestations de sa sincérité et de la profondeur de ses sentiments, ses plus tenaces convictions et ses plus généreux engagements, c’est sûrement avec sa famille qu’il les a vécus. Sa Marielle était sa plus grande richesse. Leur amour, son plus cher trésor. Le sens de la vie, il n’avait pas besoin de le chercher tant qu’elle était là. Ses cinq enfants sont tous des preuves, des prolongements de cet amour. Ils sont tous différents les uns des autres, néanmoins, ils partagent tous la même noblesse. Elle coule en eux du simple fait d’être nés d’un homme et d’une femme amoureux avant que d’être parents, d’un homme et d’une femme qui ont mis toute leur ardeur à être d’abord et avant tout des humains dignes de ce nom. Aujourd’hui, la vie apparaît bien cruelle pour Marielle et ses enfants. Aussi cruelle qu’elle a été bonne. Elle leur retire une part importante du bonheur qu’elle avait mis sur leur chemin.

 

    Pour eux et pour plusieurs d’entre nous ici aujourd’hui, le départ de Jean-Yves changera le goût de la vie. Pour eux et pour nous, il était né pour embellir le monde. Et il l’a fait avec l’ardente patience de celui qui aime. Merci Jean-Yves d’avoir voulu, avec nous et pour nous, faire un monde où les hommes s’aiment entre eux. Des personnes comme toi feront peut-être qu’il viendra le jour où il n’y aura plus de misère…

 

Réal D’Amours

Deschambault, le 18 juillet 2011