photo813NOTICE BIOGRAPHIQUE SOEUR SAINT-ALBAN (Germaine Baril)

1913-1984

O seul Maître des temps,

Jésus, tu nous conduis;

Nous suivons tes chemins,

Nous cherchons ton visage.

(Hymne, p. 590)

 

Le mystère de la souffrance se retrouve avec plus ou moins d'intensité dans toute vie humaine. Il nous relie au mystère de la Croix du Christ agonisant qui a pu dire en toute confiance: "Père, entre tes mains, je remets mon esprit...Tout est accompli! "

La mission particulière de chaque être, ici-bas, est un chemin unique à poursuivre. C'est une voie de réalisation du plan de Dieu. La vie donnée goutte à goutte, jusqu'à ce que tout soit accompli, prélude la rencontre avec le visage cherché dans la foi et l'espérance aux jours de la terre. Tel fut le cas de notre chère Sœur Germaine, disait Mère Alice Roy, supérieure générale, auprès du cercueil de la bien-aimée disparue, à la célébration qui réunissait la communauté le soir du 16 juillet 1984.

 

Seul Maître des temps, Nous suivons tes chemins...

A deux étapes marquantes de sa vie, la maladie avait ouvert des avenues à S. Germaine, la conduisant ainsi à Celui qu'elle a toujours cherché.

 

La fillette n'avait que sept ans lorsqu'elle fit connaissance avec une maladie grave qui devait l'emporter, tant son petit corps était menacé de partout. Grâce aux soins assidus de la maman et à la prière de la famille, la bambine avait été comme arrachée à la mort. Une seconde fois, au début de l'année 1983, le visage austère d'un mal incurable apparaissait avec une emprise qui ne lâcherait pas, mais qui unirait davantage S. Germaine au mystère pascal du Christ.

 

Après une intervention chirurgicale très sérieuse et un séjour de près de trois mois à l'Hôpital du Saint-Sacrement, Sœur Germaine revenait à la maison mère et entrait à l'infirmerie avec un certain espoir d'en sortir dans un avenir rapproché. Aux espoirs de guérison, succéda une baisse importante de l'énergie physique de la chère malade, si bien que les compagnes de veille voyaient, en juillet, venir le Divin Moissonneur.

 

Un jour, elle sortit de cette phase empoignante; c'était un matin neuf et le regard de S. Germaine recueillait de nouveau les bribes de vie qui soutenaient l'espérance d'une remontée vers la santé. Toutefois, les huit mois suivants ont été pleins d'instabilité: les hauts et les bas jouaient à l'intermittence. C'était comme une hésitante réponse aux appels persistants d'un détachement qui coupe les fibres de l'être humain. Et l'être de S. Germaine criait son amour de la vie. Oui, elle voulait vivre et se cramponnait à tous les éléments porteurs de guérison et de vitalité.

 

En avril 1984, un mieux relatif lui faisait envisager un départ de l'infirmerie pour regagner la chambre qu'elle habitait avant sa maladie et qu'elle aimait beaucoup à cause du soleil qui y pénétrait abondamment. Son infirmière lui permit d'estimer elle-même ses forces en l'invitant à prendre ses repas à la table des malades. Ses efforts connurent un bref succès et l'expérience donna à S. Germaine d'accepter la poursuite de son stage à l'infirmerie, alors que son état exigeait des soins particuliers deux fois le jour.

 

A partir de ce moment, commencèrent les longues et pénibles journées où le mal exerçait un empire de plus en plus exigeant et qui entraîna la malade à un abandon progressif à la Volonté du Seigneur.

Nous cherchons tes chemins, Seigneur ! Étrangers, pèlerins, Nous portons nos regards Vers le Jour et vers l'Heure.

 

Sœur Germaine Baril, en religion Sœur Saint-Alban, naquit le 19 avril 1913, à St-Alban, Portneuf, du mariage de M. Arthème Baril et de Mme Aima Galarneau. Ses notes autobiographiques permettent un bref passage des quelques faits et gestes qui ont entouré son enfance et son entrée en religion. Laissons-la raconter elle-même:

 

"Je suis la septième d'une modeste, mais brave famille de onze enfants, dont huit garçons et trois filles. Deux garçons sont décédés en bas âge et un autre à l'âge de cinquante-trois ans.

 

"Mon enfance fut celle des autres enfants, avec les qualités et les défauts propres à cet âge. Mes parents n'avaient qu'un but à atteindre former mer de véritables chrétiens. Papa travaillait à l'extérieur. C'est surtout maman qui me forma à la piété, parce que papa était souvent absent, à cause de son travail. J'affectionnais les miens de tout mon cœur. Si l'un des membres de la famille s'absentait, je m'ennuyais.

 

"J'avais de la facilité pour l'étude. En classe, j'étais souvent première. J'aimais l'école et je m'y appliquais de toutes mes forces. Les jours de congé, mon plaisir était de jouer à l'école, à condition d'être l'institutrice.

" A sept ans, je fus très malade, clouée au lit par une forte maladie qui me conduisit aux portes du tombeau. Je recouvrai la santé après une longue convalescence. Je repris ma classe et je fis ma première communion. On m'avait dit de demander tout ce que je voulais à Jésus, et surtout la grâce de connaître ma vocation. Ce fut là que je demandai pour la première fois, la grâce de la vie religieuse, sans trop savoir ce que c'était. Depuis lors, je continuai de demander cette grâce à chaque communion, jusqu'à mon entrée en religion, Mes parents ne pouvaient me mettre pensionnaire, faute de ressources; il fallut donc renoncer au projet de continuer mes études. J'avais alors quinze ans. En septembre 1928, je n'allais plus à l'école et je m'ennuyais sans trop savoir pourquoi. Vers le même temps, S. Ste-Bernadette et S. Marie-du-St-Esprit, faisant la quête dans la paroisse, me parlèrent du 'Juvénat de St-Damien'. Mes parents me laissèrent libre de partir. Je partis donc le 27 septembre 1928 et je passai l'année scolaire à St-Damien. Je retournai à la maison pour les vacances de 1929 et je revins encore en septembre suivant, jusqu'au 10 janvier 1930, date de mon entrée au postulat. J'avais alors seize ans et huit mois.

 

Prise d'Habit: 10 juillet 1930

Premiers vœux: 10 janvier 1932

Profession perpétuelle: 10 janvier 1935

février 1979

S. Germaine Baril, ndps

 

Nous retrouvons S. Germaine à l'aurore de sa vie religieuse; elle vient de revêtir l'habit et le voile blanc des novices de Notre-Dame du Perpétuel Secours. Les parents, présents à la cérémonie de vêture, ont sûrement essuyé leurs yeux voilés de larmes: ils donnaient au Seigneur une enfant de dix-sept ans, aux longs cheveux blonds...dont la jeunesse témoignait d'une offrande généreuse, offrande qui se répétera au long de l'existence de S. Germaine et tout d'abord durant les deux années préparatoires à l'émission des premiers vœux. La fidélité et la bonne volonté marqueront ces années ponctuées silencieusement par la pratique des vertus conduisant à la Perfection. Le 10 janvier 1932, S. Germaine réitérait le don de sa personne et s'engageait, par les trois vœux simples, à la suite du Christ par une vie calquée sur l'Évangile et conforme à l'esprit de la Congrégation.

 

Au lendemain de sa profession, elle se met résolument à l'étude des matières académiques en vue de l'obtention d'un brevet d'enseignement, puis, en septembre 1932, elle ouvrait sa belle carrière d'éducatrice et y restera attachée jusqu'à sa retraite en 1978. On la verra surtout présente auprès des jeunes de l'école primaire où elle excellera pendant quarante et un ans, si l'on excepte la période de 1936 à 1942 où une santé un peu débile l'obligeait à restreindre ses activités. Cette période de relâche, coupée de temps de repos et de remises à l'action, lui ont permis divers services dans nos maisons de St-Damien et de Québec.

Une fois retournée à l'enseignement, le désir de se perfectionner au point de vue pédagogique lui fit entreprendre les cours du samedi et ceux des vacances. L'acquisition d'un second brevet augmenta ses qualifications de professeur. Ces études n'altéraient pas son dévouement pour ses classes. Les élèves appréciaient leur institutrice et les parents louaient le travail compréhensif de S. Germaine. Celle-ci avait le don d'une bonne relation avec les familles de ses élèves et, avec simplicité, elle se situait très près des gens. Dans les paroisses, Monsieur le Curé connaissait ses talents et son doigté pour l'exercice des enfants de chœur et l'entretien de tout ce qui touchait au service de l'autel.

 

Les couvents confiés aux SS. de Notre-Dame du Perpétuel Secours ont largement bénéficié de sa présence, de son temps et de ses services dans les milieux suivants: St-Flavien. St-Sébastian (2 fois). St-Pascal-Baylon. St-Basile.

 

St-Damien (École du village), St-Joachim, St-Apollinaire, La Durantaye, Valcartier, St-Lambert, Godbout, Ste-Justine, Sacré-Cœur-de-Jésus, Beauce, St-Lazare et St-Nérée, village où elle termina sa carrière à soixante-six ans.

 

Partout, son action portait l'empreinte du don de soi. S. Germaine avait compris et pratiquait de son mieux cette sagesse de la foi chrétienne: "Partout, ici-bas, il faut vivre et travailler uniquement par amour de Dieu". Ce mobile spirituel se situait à l'origine de son goût du travail bien fait, à l'origine de son attrait pour l'ordre et la propreté, de même que pour son attention au progrès de ses élèves. Il fallait voir les pages remplies d'une écriture soignée dans les cahiers de ses écoliers pour attester le sens du beau, de l'application et du savoir-faire de notre sœur Germaine. Cette aptitude se transposait facilement dans les travaux faits à la main: couture, broderie, tricot, etc. Sous ses doigts, naissaient les expressions de l'artiste qui vivait en elle.

 

Femme très sensible et souvent silencieuse, S. Germaine était aisément réfléchie et pondérée, capable de patience et de solitude, àla façon des réalisateurs de choses délicates. Elle appartenait à une famille qui se classerait aujourd'hui parmi les artisans créateurs de mobilier. A l'occasion de son jubilé d'OR, S. Germaine recevait en cadeau un magnifique fauteuil avec tabouret, chef-d’œuvre d'affection signé du nom de son frère aîné, Rosaire, lequel lui était très attaché.

 

Les Baril composent une famille unie. Frères et sœurs, après la disparition des parents, rivalisaient d'attentions pour Germaine. Que de voyages pour la réconforter, la visiter et la gâter un brin durant sa vie au sein de la Congrégation et particulièrement dans sa maladie, au cours des deux dernières années! De son côté, S. Germaine aimait visiter les siens. Le voyage entrepris après la célébration de ses noces d'or reste l'ultime voyage où les joies nombreuses puisées auprès de ses cinq frères et de ses deux sœurs, Mme Paquin et Mme Marcotte, ont nourri son cœur durant les heures de maladie. Chacun de ceux qui avaient partagé son bonheur à la fête jubilaire lui était l'occasion d'un riche souvenir.

 

La famille communautaire avait aussi l'estime de S. Germaine et son amitié fraternelle ne manquait pas de profondeur. Ses talents d'actrice apportaient aux célébrations de groupe des moments remplis de jovialité et de détente. Le jeu de cartes lui était un agréable passe-temps; aussi a-t-elle voulu s'y prêter jusque dans les derniers mois de sa maladie. Jusqu'à la limite. S. Germaine a tenu à la tâche; son dernier emploi à la cafétéria de la maison mère la trouvait, chaque matin, prête à accomplir sa part de besogne avec diligence et perfection, d'après le témoignage de ses compagnes de travail.

 

Et le secret de l'âme de S. Germaine, qui oserait le dévoiler?...La beauté de la fille du Roi reste intérieure et n'en est pas moins réelle ! Dans les allusions à sa vie spirituelle, notre compagne dévoilait son âme mariale, son affection spéciale pour Notre-Dame qui avait protégé ses jeunes années et qui continuait d'insuffler à son cœur le véritable amour de Dieu et le don de sa vie au Christ. Combien de fois nous l'avons vue méditer les mystères de Marie et de son Fils, tout près de celle qu'elle aimait prier avec vénération. Le Banc le plus rapproché de la statue de la Vierge retenait la place de S. Germaine, à la chapelle. Dans sa chambre, avec quel goût et quelle délicatesse, elle ornait la belle madone sur qui elle posait son regard comme en une supplique jamais achevée. Ses longs mois de souffrance lui faisaient appeler davantage sa Mère et elle désirait qu'on place sa statue à portée de ses yeux. Notre-Dame du Perpétuel Secours fut, sans aucun doute, la force, le courage et le soutien de Sœur Germaine à cette minute chargée de grâces où notre sœur délia ses liens terrestres pour se laisser accueillir par un Père aimant, en disant: "Prends ma vie, Seigneur ! Je viens dans ta maison pour la Vie sans fin ! "

 

Notre chère Sœur avait donné au Seigneur la fleur de sa jeunesse en réponse au choix du Maître pour une mission qui s'accomplissait au gré des événements, dans la prière, le travail et une grande espérance. Elle suivait au rythme du quotidien les traces de Celui qui en avait fait son épouse dans l'amour, pour le bien de ses frères dans l'Église. S. Germaine possédait une force morale assez marquée qui lui faisait taire ses malaises, ses difficultés et même ses épreuves. Aux jours de maladie, elle arrivait à faire dominer son désir de vivre sur ses appréhensions et ses craintes de non-guérison. Pour elle, mourir à soixante-dix ans, c'était relativement trop jeune. Elle voulait vivre et ambitionnait les quatre-vingts ans des sœurs plus riches de santé: défi qu'elle regarda en face avant l'acceptation humble et soumise de son départ à la rencontre du Dieu qui vint à ses devants.

 

Nous marchons sur tes pas

Tu viens à nos devants.

Dans le jeu de la foi

Nous guettons l'Invisible.

 

L'élan de S. Germaine se brisait sous les ravages du cancer et, en juillet 1984, la souffrance lui occasionnait des jours sans soleil; cependant, elle continuait à gravir la sainte Montagne, à chercher le visage de son Dieu dans la foi. Son attitude de pauvreté devant la santé qui s'effaçait révélait trop bien le regard de la créature qui commence à prendre conscience qu'elle baigne dans la réalité de Dieu, réalité qui existe depuis toujours, qui s'estompe parfois, mais qui ouvre sur l'Invisible.

 

Qu'elle repose dans la paix du Seigneur, auprès de Notre-Dame, dans la contemplation amoureuse des biens célestes et le bonheur de la VRAIE VIE!

 

31 octobre 1984

S. Suzanne Gosselin, ndps