Encore un de nos bons vieux instituteurs qui vient de décéder, à Saint-David d'Yamaska, à l'âge de 83 ans. C'est M. Charles-Napoléon Paquin, instituteur qui s'est dépensé durant 31 ans à l'éducation de la jeunesse. Il fut un des contemporains de M. J.-O. Cassegrain, ancien professeur à l'École normale Jacques-Cartier, alors élève de cette institution.

 

M. C.-N. Paquin fut un instituteur dont la renommée couvrit les comtes de Berthier, de Maskinongé et de Joliette; des élèves lui doivent une éducation intellectuelle et morale qui les a conduits sur le chemin de la fortune ou sur les parvis sacrés, En effet, parmi ses anciens élèves, il aimait à rappeler qu'il avait formé plus de 400 prêtres, à qui, en dehors de ses heures de classe, il avait enseigné les rudiments du latin. C'était le vrai type de l'instituteur tel qu'on le désire à notre époque, c'est-à-dire un vrai chrétien, un maître zélé, un homme d'étude, un citoyen sérieux. Toujours il a manifesté la plus grande bonté à ses élèves, malgré une fermeté qui lui attira le plus grand respect. Souvent il répétait à ses fils et filles dans l'enseignement qu'il avait remporté des succès, grâce à son souci de la préparation quotidienne des classes.

 

M. Paquin naquit le 6 janvier 1838, à la Rivière-du-Loup en haut, aujourd'hui Louiseville. Il appartenait à une famille d'éducateurs, puisqu'on lit dans ses "Relations Familiales", que Nicholas, le 1er ancêtre, établi au Canada en 1676, 1e 13 novembre, venant de la Potherie, France, enseigna 11 ans à Château-Richer. Chs-Honoré Paquin, son père, enseigna consécutivement 32 ans dans la même école du rang de York, à St-Cuthbert. C'est donc aussi naturellement que celui qui trace ces lignes que C.-N. Paquin embrassa la carrière de l'enseignement; il continua la vaillante lignée des véritables apôtres de l'éducation et de l'instruction chrétienne.

 

C'est le 3 septembre 1857 que le jeune Napoléon entra à l'École normale Jacques-Cartier, alors dirigée par M. l'abbé Verrault. Le Château Ramsay abritait encore les jeunes normaliens du temps. En 1859, possesseur d'un diplôme d'école élémentaire il prit la direction de l'école élémentaire de St-Barthélemy, comté de Berthier, et il y enseigna jusqu'en 1867, alors qu'il retourna à l'École normale pour y gagner le diplôme d'école modèle. Durant cette première période de son enseignement, les rapporta des inspecteurs ont souligné ses premiers succès. En 1870, il dirigea l'École modèle du village de St-Cuthbert, avec un grand succès, jusqu'en 1880. Sa renommée ayant franchi les frontières des comtés voisins, il se vit obligé d'ouvrir des classes du soir que fréquentèrent plus de 150 élèves de 14 à 34 ans : ces élèves pensionnaient à l'École qui devint ni plus ni moins qu'un pensionnat. L'on comprend que sa santé ne put résister à de tels travaux, et nous le voyons prendre la gérance de la banque Ville-Marie ainsi que le secrétariat de la Société Permanente de Construction qui ne vécut que quelques années. Il se livra alors au commerce général, devint maître de poste : c'est alors qu'il exerça une nouvelle influence dans sa paroisse. Il fit venir, travaillant de concert avec M. le Curé André Brien, les Frères de l'Instruction Chrétienne qui établirent à St-Cuthbert un magnifique collège.

 

En 1897, après des épreuves supportées vaillamment, il reprit l'enseignement à Louiseville, à l'école de Beauséjour, puis dirigea en 1900 l'école Modèle de Ste-Ursule, jusqu'en 1906, date à laquelle il devint pensionnaire du gouvernement. Durant les dernières années de sa vie, il continua de s'intéresser aux questions éducationnelles.

 

Cet éducateur a laissé aux siens un héritage dont ils peuvent être fiers : ils ne souhaitent que de suivre les magnifiques exemples qu'il leur laisse, car la lignée d'instituteurs est loin d'être close dans sa famille. Pour le pleurer et l'imiter restent deux sœurs religieuses de la communauté des Sœurs de Ste-Anne, toutes deux dans l'enseignement actif, dont l'une, Sr Marie Céleste, préfète des études à l'Académie de Notre-Dame-des-Victoires, Montréal, et l'autre, Sr Marie Valentine, au Mont Ste-Anne, à Lachine. Le plus vieux de ses fils ; bien connu aussi dans le monde musical, enseigne depuis plus de dix à douze ans au Collège du Sacré-Cœur, à Ste-Anne-de-la-Pérade ; M. Zénon Paquin est un ancien élève de l'École normale Jacques-Cartier. Enfin, le plus jeune et celui qui a le plus à cœur d'imiter les grandes vertus de son père, M. J.-E. Paquin, est actuellement professeur de sciences et de pédagogie à l'École Normale de Saint-Hyacinthe.

L'Enseignement primaire est heureux de vous présenter cette biographie qui prouve la survivance d'une même idée et la formation adéquate à une même dévotie. Elle souhaite à ceux qui survivent l'acquisition des mérites que l'on vient d'énumérer et elle salue une famille qui a certes rendu à notre race des services immenses, quoiqu’humbles et peu connus.

 

UN ANCIEN ÉLÈVE RECONNAISSANT.

Avril 1920.