De l’Amérique du Sud jusqu’à Hangzhou en ChinePère et fils lors d'un souper anniversaire au resto le printemps dernier.

GILLES PAQUIN Journaliste

Quand j’ai amené toute la famille en Argentine, en 1985, je ne croyais pas revenir dans ce pays de sitôt, encore moins avec mes petits-enfants et une troupe du Cirque du Soleil. J’exagère un peu, c’est mon fils Guillaume qui nous a proposé de venir le voir à Buenos Aires où il participe à la préparation d’un nouveau spectacle de la célèbre compagnie montréalaise. Mon épouse et moi étions cette fois de simples visiteurs heureux de renouer avec cette ville attachante.

Venu en reportage ici pour La Presse, plusieurs fois au fil des ans, je me sens chez moi dans la capitale argentine. Et Guillaume l’est devenu par la force de choses. Chargé de projet arrivé en Argentine avec une cinquantaine d’artistes et de techniciens montréalais, la troupe a trois mois pour monter un spectacle qui fera le tour de l’Amérique latine. C’est un tour de force pour ces spécialistes circaciens parce que leurs vis-à-vis argentins, eux, sont des vedettes du monde musical latino. Les deux troupes doivent apprendre à travailler ensemble avant d’entreprendre une tournée d’un an qui les mènera dans une dizaine de pays. C’est ce que l’on appelle le transfert des compétences.

Nos petits-enfants, Léo et Noah, sont ravis de nous recevoir, d’autant plus que nous leur avons promis d’aller passer une semaine au bord de la mer avec eux et Sara, leur maman. Avant de prendre la route de Mar de Plata, nous allons ensemble visiter des coins de Buenos Aires qu’ils n’ont pas encore eu le temps de découvrir. Les écoliers argentins sont en vacances, parce qu’ici c’est l’été, mais nos garçons restent fidèles au régime scolaire québécois. Ils reçoivent à domicile des cours d’une enseignante francophile. Nous faisons donc nos sorties de manière à respecter l’horaire des leçons.

Pendant que Guillaume et ses collègues travaillent au Luna Parc, un immense amphithéâtre, où sont montés la scène, les trapèzes et toutes les installations qui serviront aux acrobates et aux musiciens, nous donnons une leçon d’histoire et de géographie locale aux enfants. Nous visitons notamment le Vieux Port, la Bombonera, le stade du Boca Junior, la plus célèbre équipe de football de la ville ; le Musée de l’immigration qui raconte l’histoire des millions d’Italiens venus chercher fortune en Argentine au siècle dernier et finalement, une excursion au grand Parc de la Mémoire, un parcours parsemé de tableaux qui expliquent les méfaits de la dictature militaire qui a sévi en Argentine durant une décennie.

On écrit souvent que Buenos Aires ressemble à Paris grâce à ses grands boulevards bordés d’immeubles haussmanniens, ses orgueilleux monuments historiques, ses immenses places publiques et ses charmantes terrasses. C’est particulièrement vrai pour le coeur de la ville construit au début du siècle dernier. On y fait de longues et agréables promenades en admirant l’architecture de style « Belle époque », les boutiques d’artisans aux multiples trouvailles et les oasis de calme et de verdure des nombreux parcs de la capitale.

Comme tous les visiteurs qui ont entendu parler d’Evita Peron, nous voulons aller voir le célèbre Casa Rosada, le palais présidentiel devant lequel elle prononçait des plaidoyers passionnés en faveur des défavorisés. C’est sur cette même place que manifestent encore chaque semaine les Folles de la Place de Mai, ces grand-mères qui réclament le retour des enfants enlevés par les militaires. En rentrant, on descend du métro pour faire une petite balade dans le quartier chic de La Recoleta où se trouvent les ambassades et les demeures des grandes familles de la capitale.

À la fin de la journée, nous revenons à l’appartement préparer le repas en attendant Guillaume qui a souvent passé des heures à chercher les pièces manquantes parmi les trois conteneurs d’équipements arrivés de Montréal. C’est l’heure de l’apéro avec des empanadas et un bon verre de mousseux de Mendoza, la région qui produit les meilleurs vins du pays.

Le lendemain, nous partons à cinq dans une vieille voiture de location, vers les plages de Mar Chiquita, une petite ville sur la côte Atlantique, à cinq heures de Buenos Aires. Nous y avons loué une jolie maison, mais à peine arrivés, avant même de déposer les valises dans les chambres, tout le monde veut aller plonger dans l’océan. C’est un ravissement, la plage est quasi déserte et nous pouvons nous ébattre dans l’eau jusqu’à épuisement. La semaine se passe à faire des promenades en vélo dans la ville endormie, d’aller et retour à la plage, puis d’heures de détente à lire sur la terrasse de notre refuge.

C’est un peu court de résumer trois mois et trois semaines de séjour en Argentine en ces quelques lignes, mais j’avoue que nous avons aussi rapportés pleins d’images et de parfums inoubliables de ce pays lointain. Nous gardons aussi des souvenirs émus de ces conversations chaleureuses avec des inconnus, de nos visites impromptues dans des quartiers peu fréquentés par les touristes et des scènes de la vie quotidienne gravées dans nos mémoires.

La tournée de la troupe s’est déroulée presque sans anicroche, si ce n’est que les camions du Cirque sont restés coincés une journée dans la neige en traversant les Andes pour aller au Chili. Il va sans dire que Guillaume est revenu à Montréal fatigué, mais fier d’avoir bouclé la boucle avec succès. Deux mois plus tard, il a commencé à préparer son prochain voyage avec le Cirque, destination Hangzhou en Chine, une simple métropole régionale de 14 millions d’habitants !

Il est peu probable que nous allions lui rendre visite cette fois, nous nous contenterons de garder le contact par la magie d’internet.

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